11 juin 2017

Quelques nouvelles un an plus tard...

État des lieux : sinistré

Voilà presque un an que j'ai mis ce blogue à jour. Je profite donc de l'été qui vient pour ajouter un peu de neuf à ce qui s'apparente de plus en plus à un ossuaire littéraire. Elle est loin, l'époque pendant laquelle je rédigeais plusieurs billets par mois. 
C'est essentiellement un emploi chronophage qui explique cette situation : le travail d'enseignant à temps plein dans un collège public devient de plus en plus complexe, compte tenu de l'alourdissement considérable de la tâche, année après année. Je n'entrerai pas dans les détails, puisque la question a souvent été documentée dans divers médias, mais le contexte implique de faire des choix difficiles. Le blogue a donc été le premier à être mis de côté, suivi par l'émission de radio hebdomadaire que j'animais avec Ariane depuis plusieurs années. 

Le temps libre est donc devenu rare. L'année scolaire qui vient de se terminer n'aura donné lieu qu'à très peu de publications. L'avènement de la fin du monde s'en trouvera ralenti d'autant...! Les parutions se résument essentiellement à une novella (format à mi-chemin entre la nouvelle et le très court roman), "Au saloon des deux crânes", publiée dans l'ouvrage collectif Les murmurantes, dirigé par Ariane. 

Au saloon des deux crânes

C'est une initiative qui vient de ma chère compagne, dont l'oeuvre est fortement inspirée par les lieux, comme le savent ceux et celles qui suivent son parcours littéraire. Ainsi qu'elle l'explique dans la préface du livre en question, Ariane a eu l'idée de réunir six auteurs de la Mauricie. Chacun d'entre eux devait situer sa novella dans une ville de la région. Au sommaire, on retrouve mon camarade Michel Châteauneuf, mais aussi Raphaëlle B. Adam, François Martin, Mathieu Croisetière, Ariane et moi-même. 

Ma novella m'a demandé beaucoup plus de travail que je le prévoyais. Le texte final est plus long, plus ambitieux, et a exigé de nombreuses recherches documentaires. 

 Une phrase de l'intellectuel français Jacques Attali m'a servi de point de départ : « Comme au temps des plus anciens, nommer c'est reconnaître, c'est faire exister, c'est rendre éternel ». 
Si nommer quelque chose, c’est le faire exister, comme l'affirme Attali, les rêves et fantasmes qui s'accumulent dans un lieu précis finissent peut-être par en concrétiser la charge affective et symbolique. Année après année, plusieurs visiteurs du festival western de Saint-Tite entretiennent une relation ambivalente avec l'événement : comme des enfants qui jouent, ils y croient en sachant que c'est faux. L'espace de quelques jours, ils s'inventent une vie rêvée pour échapper à la banalité de leur quotidien. La charge affective de cette existence imaginaire, répétée depuis des décennies, se cristallise. 

Cette transfiguration du quotidien a particulièrement retenu mon attention. Je suis né à Trois-Rivières, où j’habite toujours en 2017, après avoir passé mon enfance à Champlain (village situé dans les environs). Quand j’étais plus jeune, je n’avais pas fréquemment l’occasion de lire des récits fantastiques contemporains dont l’action prenait place près de chez moi, voire au Québec. 

Pour certains amis de l’époque, une telle donnée relevait de l’aberration : 

 – Penses-tu vraiment que je pourrais croire à un personnage nommé l’inspecteur Robichaud, qui vit à Sherbrooke ? 

Ce genre de perception ne se limitait pas à une seule personne. 

Bien des années plus tard, un distingué collègue professeur me confiait sa réticence par rapport aux récits qui prenaient place au Québec. 

– Drummondville, soupirait-il à propos d'un roman de Patrick Senécal, ça suffit à me faire décrocher. 

L'affirmation n'a pas empêché cet enseignant d'accueillir Patrick quelques mois plus tard, dans le cadre d'une activité culturelle. Il lui a même déclaré publiquement son affection (j'allais écrire son affectation, lapsus significatif) devant un auditoire d'étudiants déjà gagnés à la cause de l'auteur d'Aliss. Ce collègue, de toute façon, lorsqu’il publiera son roman (sur lequel il travaille depuis plus de vingt ans…), sera au-dessus de telles considérations. 

Les charmes d'un terroir hanté

Pour ma part, loin de partager cet avis, j’ai eu une révélation dès l’adolescence en découvrant quelques films fantastiques réalisés au Québec – dont Rage et Frissons, de David Cronenberg, qui se déroulent à Montréal : cette superposition de lieux familiers et d’éléments surnaturels, loin de nuire au récit et à son impact, en décuplait l’étrangeté. Oui, ça arrivait aussi près de chez nous… pas juste dans des villes américaines ou européennes. 
Avec les années, j’ai eu l’occasion de contribuer à ce corpus. J’ai mis en scène la région dans divers projets. Par exemple, toute la première moitié de mon thriller Au rendez-vous des courtisans glacés (Les Six Brumes, 2015) prend Trois-Rivières pour cadre, de même que La maison au fond de l’impasse (Vents d’Ouest, 2011) et des romans inédits (l’un d’eux se déroule à Ste-Geneviève-de-Batiscan; un autre suit les déboires d’un groupe de musiciens qui répètent à Cap-de-la-Madeleine et se produisent en spectacle dans le cadre d’un festival situé à Saint-Pierre-les-Becquets). 

« L’arrière-pays » se prête particulièrement bien au fantastique, par ses décors naturels, son atmosphère, et, parfois, cette impression que le temps n’a pas d’emprise sur ces lieux qui échappent à l’urbanité, à ses diktats, à ses modes et à ses engouements éphémères. Des collections complètes de romans fantastiques en ont célébré la force d’évocation (entre autres « Angoisse », publiée aux éditions Fleuve Noir entre les années 1950 et 1970). 
Pour ma novella parue dans Les Murmurantes, j’ai combiné la culture western/country, l’exploration d’un cadre pittoresque et hautement rassembleur (Saint-Tite et son festival western annuel, mondialement connu), le choc provoqué par divers contrastes… J’ai bien sûr eu l’occasion de visiter le festival western à plusieurs reprises, et son irréalité m’a chaque fois étonné: allez à Saint-Tite en novembre et vous découvrirez une petite ville charmante, qui n’a rien à voir avec le climat frénétique et bariolé propre au festival. Il est difficile de circuler, les odeurs de friture se mêlent à celles des chevaux, voire des visiteurs. Plus les heures filent, plus on assiste à des scènes improbables et plus on croise des personnages hauts en couleur qui sortent d’on ne sait où. Où vont-ils après le festival ? Jouent-ils ou croient-ils réellement aux rôles qu’ils incarnent, cowboy, hors-la-loi ou autre hybride ? 

Ces éléments me paraissaient se prêter à un récit fantastique. Mon récit suit donc un couple en crise, espérant, le temps d’une fin de semaine, oublier les conflits qui sont en train de le détruire. C'est dans ce contexte que ces deux personnages découvrent un établissement spécialement créé pour l'occasion : Le Saloon des deux crânes...

L'anthologie en question réunit des novellas que j'ai appréciées pour différentes raisons : la plume évocatrice d'Ariane et de Raphaëlle, la charge sociale et le style très personnel de Michel Châteauneuf, l'atmosphère lourde et les personnages pittoresques du texte de Mathieu Croisetière, l'approche plus ludique de François Martin...

Horrificorama

Depuis longtemps, l’horreur en littérature et au cinéma suscite ma curiosité par son intensité et sa nature libératrice. Dans l’un des premiers ouvrages consacrés au sujet (Le cinéma fantastique, Seghers, 1970), le critique, historien et essayiste français René Prédal évoque quelques atouts du genre, par exemple celui de permettre aux lecteurs de « vivre plus intensément que derrière [leur] bureau ou [leurs] fourneaux », mais aussi sa capacité à « prospecte[r] […] les frontières de l’humain, [à matérialiser] les peurs les plus profondes ». L’horreur contribue à nous faire sentir plus vivants, comme après un tour de montagnes russes dont on ressort secoué, mais vivifié.
Pour moi, cette esthétique littéraire sera toujours indissociable d’une certaine transgression, associée à la perception négative que pouvaient en avoir certains membres de ma famille ou mes enseignants (j’ai fait une partie de mes études dans une école primaire dont les valeurs étaient religieuses et conservatrices – les unes allant de pair avec les autres, comme on le sait). 

Cette stigmatisation morale s’est poursuivie au-delà de ces sphères : voilà seulement une dizaine d’années, l’horreur était très mal vue par maints auteurs et critiques : on considérait le recours au genre ou à ses caractéristiques comme une faiblesse, un défaut! Le discours qui hiérarchise les écrits « nobles » et moins nobles ne date pas d’hier. En 2017, la perception de cette littérature a évolué, même s’il reste encore du travail à faire. Pour en arriver là, il a fallu que plusieurs écrivains s’appliquent à mettre au service du genre réflexion et ambition.
Le 25 août 2015, le critique et libraire Pierre-Alexandre Bonin m’envoyait un courriel pour solliciter ma participation à un ouvrage collectif qu’il me présenta comme « un recueil de nouvelles d’horreur, où 13 auteurs séviront dans 13 sous-catégories différentes de l’horreur ». Séviront, précisait-il. Intéressant… 

Je trouvai l’idée originale. La liste que Pierre-Alexandre avait jointe à son message témoignait de la diversité d’un domaine souvent perçu de façon réductrice. Parmi les choix se côtoyaient slasher, science-fiction horrifique, pulp, récit psychologique, histoire de possession et bien d’autres encore. La proposition, tout en étant ciblée, offrait aux auteurs un espace de liberté attrayant. Au final, 15 genres seront abordés dans le collectif, pour autant de textes.    
C’est avec enthousiasme que j’ai accepté de collaborer au projet. Mais – ce qui est typique de ma démarche – j’ai abordé cet univers de manière oblique par l’entremise d’une approche «  bizarro ». La nouvelle que je propose dans Horrificorama constitue par conséquent une destruction/déconstruction des codes du genre. Qui aime bien châtie bien, dit-on, et l’horreur elle-même ne se plaindra sans doute pas d’avoir été ainsi châtiée!

Bizarre, bizarre
Dans le collectif Bizarro (La Maison des viscères, 2015), l’auteur et éditeur Frédéric Raymond présente le genre homonyme comme « un savant amalgame d’horreur et d’idées folles, que ce soit fait d’une manière artistique et réfléchie ou dans le but de divertir le lecteur en l’invitant à visiter des mondes impossibles et, parfois, à l’allure incohérente […] ». Il s’agit de vouloir « repousser les frontières de l’imagination. C’est amener la littérature dans des zones peu explorées ».
Ce qui m’a notamment intéressé, c’est la possibilité de permettre au bizarro de contaminer non seulement le récit, mais aussi l’écriture. L’horreur devient stylistique. Le monstre, c’est désormais le texte. 

Cela dit, l’un de mes buts consistait à éviter de produire une nouvelle qui ne soit qu’une succession d’absurdités sans cohérence. Je me suis astreint à structurer un arc narratif complet avec une intrigue, laquelle contient un début, un milieu et une conclusion… le tout volontairement brouillé par un formalisme évident. Sous des dehors fantaisistes, l’ensemble développe une réflexion sur l’acte d’écriture et sur les liens qui unissent les auteurs et leurs personnages. 

Pour en savoir davantage au sujet du bizarro, on peut se référer à un site recommandé par Éric Gauthier sur son blogue Fractale framboise : https://bizarrocentral.com. Dans le genre, on peut également lire le collectif Bizarro (La Maison des viscères) et Le drive-in de Joe Lansdale.
Pour ceux et celles qui souhaitent soutenir l'initiative de l'éditeur (Les Six Brumes), il est possible de participer à la prévente ici : http://www.sixbrumes.com/legion/

Je profite de l'occasion pour vous souhaiter un agréable été 2017, ensorcelé à souhait.

09 août 2016

Une porte ouverte sur la jeunesse d'Henri Vernes


Voilà quelques années (déjà), j’ai rendu compte sur ce blogue d’une série de romans qui constituent une sorte de double maléfique et infernal de Bob Morane : Don, par Henri Vernes.
Comme beaucoup de jeunes garçons, j’ai été influencé par l’œuvre de Vernes, découverte quand j’étais âgé de 9 ou 10 ans. Les aventures de Bob Morane réunissaient certes l’action et l’exotisme, mais elles convoquaient en outre plusieurs genres littéraires comme la science-fiction, le fantastique, l’espionnage, le récit de guerre et le polar. Vernes m’aura entre autres lancé sur la piste du fantastique belge, puisque nombre de ses ouvrages mentionnaient le nom de Jean Ray. L’auteur pour la jeunesse servit en quelque sorte de passeur : c’est par son entremise que je connus non seulement Jean Ray, mais également Thomas Owen, Claude Seignolle, Michel de Ghelderode et d’autres fantastiqueurs francophones importants révélés par la collection « Marabout fantastique » des éditions Gérard. Ces auteurs allaient exercer une influence sur ma pratique d’écriture par leur vision métaphysique du monde et par leur style ciselé, très européen, visant avant tout la force d’évocation et la création d’atmosphères. Il est de ces lectures que l’on n’oublie pas, telles celles du Carrousel des maléfices et de Malpertuis de Jean Ray.
J’avoue n’avoir relu aucun « Bob Morane » une fois que j’ai commencé à m’intéresser aux ouvrages destinés à un public adulte, soit vers 12 ou 13 ans. J’ai toutefois gardé le souvenir de romans insolites comme Krouic ou de l’ambiance gothique et marécageuse de l’étrange série consacrée aux « Crapauds » dont la châtelaine Aude de Machelouve constitue une figure féminine mémorable.
Par la suite, j’appris qu’au début des années 1980, Henri Vernes, quelque peu lassé des contraintes de la censure, s’était autorisé un « retour du refoulé » monstrueux dans une série signée sous pseudonyme : Don. Don, c’est le non-dit des Bob Morane, multiplié par mille. C’est tout ce qu’Henri Vernes ne pouvait ni n’osait écrire auparavant et qui surgit soudain, une fois les barrières de la bienséance effondrées, une série qui choqua nombre d’admirateurs de Bob Morane.
Les livres en cause n’étaient pas des plus faciles à dénicher jusqu’à ce que l’éditeur shawiniganais Perro éditeur prenne l’étonnante initiative de les rééditer sans tricher : textes en version intégrale et dont le contenu subversif est bel et bien annoncé sur la page couverture. Les rééditions sont en cours en ce moment, à un prix tout à fait modique.
Voilà quatre ans, le même éditeur s’aventurait sur un territoire similaire, mais moins périlleux, en rééditant le tout premier roman de Vernes, La porte ouverte, initialement publié en 1944, mais rédigé en 1942 alors que l’écrivain belge était âgé de 24 ans. Je viens de terminer la lecture de ce premier ouvrage qui aborde le goût de l’aventure d’une manière plus intimiste.
La porte ouverte, c’est avant tout le récit d’un apprentissage sentimental, celui de Frédéric Grégory, jeune adulte intransigeant et épris de liberté. Si l’homme multiplie les conquêtes et s’avère un noceur enthousiaste, il devient victime d’un rêve dans lequel il voit une jeune femme qui porte le masque de la douleur et du péché. Dès lors, il ne cesse de vouloir rencontrer cet être mythique jusqu’au jour où il croise, en pleine rue, une inconnue nommée France qui ressemble énormément à son fantasme. Mais France est un être humain et non un mythe. Le choc entre la fantasmatique et la réalité sera brutal…
C’est un roman parfois naïf, mais doté d’un certain charme. Dans ce texte qui se veut ambitieux et écrit, on retrouve certains des « clichés parlants » de la littérature populaire, voire les tournures fleuries qu’affectionnait Vernes quand il décrivait certains personnages féminins dans ses histoires destinées au jeune public. On sait par exemple que « Miss Ylang-Ylang » a marqué l’imaginaire des jeunes lecteurs.
L’attrait pour le voyage est également présent, ne serait-ce que par l’entremise de plusieurs chapitres consacrés à un séjour en Égypte, dans lesquels l’auteur se livre à des descriptions lyriques de l’environnement. Si le déroulement du roman demeure somme toute conventionnel, La porte ouverte offre une manière différente de découvrir l’univers mental de Vernes, qui convoque Nietzsche et d’autres figures philosophiques, artistiques ou littéraires. Les curieux pourront en faire la découverte aisément grâce à la réédition de Perro éditeur, agrémentée d’une brève préface de Vernes lui-même.

« Les salles s’ouvraient, à la mauresque, sur un patio central dont les dalles de marbre rose miraient les colonnades de la fontaine et les vols d’échassiers dans le ciel. Devant, un jardin cascadait vers le Nil, frangeait la berge de séniles palétuviers. Et le fleuve, à vastes coups d’épaules, frayait sa route au cœur millénaire des sables ».

24 janvier 2016

La cité sans nom

Ce vidéoclip (conçu par Pierre Héroux) accompagne le dernier morceau enregistré par mon groupe Carfax Asylum. Pierre et moi en avions écrit et enregistré une première version voilà déjà 22 ans. Je n'aurais pu m'imaginer que, plus de deux décennies plus tard, nous en ferions une troisième version. La musique est une richesse qui a changé ma vie et qui la change encore jour après jour.


02 octobre 2015

Nouvelles diverses

Quelques nouvelles en ce début d'automne afin de dépoussiérer quelque peu ce blogue hagard.
La réédition du roman Au rendez-vous des courtisans glacés verra le jour très bientôt, puisque le lancement aura lieu le samedi 10 octobre 2015 à partir de 17h, au 3e étage de L'Amère à boire (2049 rue St-Denis, Montréal). Il n'y aura pas de frais d'entrée.

Plusieurs autres parutions seront lancées ce soir-là, c'est-à-dire le dernier numéro des revues Brins d'éternité et Clair Obscur, de même que le roman Alégracia de Dominic Bellavance et le recueil de nouvelles L'arracheur de rêves de Pierre-Luc Lafrance.
 Au sujet de cette réédition des Courtisans glacés, il ne s'agit pas d'une simple reproduction du livre jadis publié par La veuve noire éditrice (voilà déjà plus de dix ans). Pour les besoins de cette réédition, j'ai repris le texte en le travaillant à partir de trois versions différentes. Non seulement le roman a-t-il bénéficié d'un polissage stylistique et scénaristique, mais il sera en outre présenté dans une version complète. Entre autres coupures, un chapitre entier avait été supprimé de l'édition parue en 2004. J'en explique les détails dans l'introduction que les lecteurs pourront découvrir... pour autant qu'ils le souhaitent, bien entendu.

Signalons par ailleurs la parution récente du dernier numéro du fanzine Vidéotopsie, assurément l'un des plus beaux fanzines voués au cinéma "bis" et l'un des plus diversifiés et intéressants. Dans ce dernier numéro, on découvrira avec plaisir un dossier sur le réalisateur américain Greydon Clark (Terreur extra-terrestre et bien d'autres), une étude de la musique du méconnu Nico Fidenco, une longue entrevue avec Véronique Djaouti, qui fut le "bras droit" du réalisateur/écrivain Jean Rollin pendant de nombreuses années et beaucoup de chroniques. Une iconographie fort agréable rehausse la qualité de l'ensemble, qui mérite d'être découvert et soutenu. J'y signe un article consacré aux époux Findlay, duo de réalisateurs qui s'abreuvaient avidement à la source du bizarre, un hommage à la comédienne Soledad Miranda et un article sur un giallo (thriller criminel italien) dont le doublage français fut confié à celui que l'on surnomma bientôt parmi les cinéphiles "le doubleur fou" (pour en savoir davantage, il faut lire l'article !). On peut commander le fanzine chez l'éditeur, le très sympathique (et tellement humble !) David Didelot : Vidéotopsie 16.
 Enfin, Fangoria Musick, le label musical associé à la célèbre revue américaine Fangoria (spécialisée dans le cinéma fantastique et d'horreur) vient de faire paraître une compilation CD qui propose un échantillon représentatif de ses artistes : 
Mon groupe Carfax Asylum y présente deux morceaux tirés de l'album Red Games of the Headless Dolls paru en 2014. Si la compil' vous intéresse, on en saura davantage ici.

Les responsables du label ont aussi conçu un clip disponible sur YouTube (petit extrait de notre musique entre 3'00 et 3'30) :
En ce qui concerne les projets et parutions à venir, c'est toujours un dossier complexe. Au cours des dernières années, j’ai souvent entendu des éditeurs invoquer la prudence – mère de toutes les tiédeurs – et la justifier par un contexte socioéconomique difficile. Garantit-elle le succès ? Même si l’édition est une entreprise, la prise de risques n’en demeure pas moins souhaitable. La plupart des œuvres importantes furent subversives en leur temps; elles ont choqué, dérangé, fait réfléchir, proposé quelque chose de novateur. C’est ce que l’histoire nous enseigne, mais, lorsque vient le moment d’appliquer ces notions à notre situation, certains sont victimes d’amnésie partielle ! Trop d’éditeurs se contentent d’aligner des livres « tranquilles » qui, pour être parfois bien écrits, n’en sont pas moins oubliables, sans grande portée. Le poète Octave Crémazie le constatait jadis dans une lettre qui devint célèbre : « Ne vaut-il pas mieux faire sucer [aux] lecteurs la moelle des lions que celle des lièvres? ». La question – rhétorique – est encore d’actualité... Dire que j'en expérimente les retombées relève de l'évidence.

Pour le reste, je continuerai bien sûr à alimenter ce blogue en actualité... si actualité il y a !


Merci d'avoir pris le temps de passer par ici !

03 juin 2015

Hommage à Joël Champetier

Au cours des derniers jours, les hommages à Joël Champetier se sont multipliés sur les blogues, les réseaux sociaux et dans les fils de presse. Et pour cause : ils révèlent, si besoin était, à quel point, au-delà de l'auteur polyvalent qu'il a pu être (nouvelliste, romancier, scénariste, rédacteur en chef, critique...), Joël aura compté pour ses proches, pour ses pairs et pour plusieurs générations d'auteurs émergents qui se sont peu à peu professionnalisés entre autres grâce à lui. D'une constance exemplaire, il aura été incroyablement persévérant, si l'on songe au travail colossal que représentaient ses fonctions dans la revue Solaris, auxquelles s'ajoutaient son métier d'écrivain et les activités qui s'y rattachaient, sa vie personnelle, riche de ses nombreuses amitiés et de sa complicité avec sa compagne, Valérie, de même que son implication active dans le milieu des littératures de l'imaginaire québécois.

Chaque discussion avec Joël me permettait de mesurer son humilité et son humanité - à titre d'exemple, lorsqu'il me parlait des lettres de refus qu'il écrivait aux nombreux aspirants-auteurs qui souhaitaient publier une nouvelle dans Solaris. Joël consacrait beaucoup de temps à rédiger ces réponses personnalisées, dans lesquelles il souhaitait demeurer concret, encourageant et constructif. Un mandat exigeant, qu'il avait choisi de s'imposer là où la plupart se seraient contentés d'envoyer une lettre-type sans plus d'arrières-pensées.

Je me rappelle l'avoir reconduit chez lui, l'automne dernier, après un séjour à l'hôpital. Il était très fatigué, et des maux de coeur lui rendaient le parcours en voiture difficile. On sait à quel point la maladie peut centrer une personne sur elle-même, tant elle gruge tout et ramène souvent un invidu à ses seuls maux. Mais ce n'était pas le cas de Joël : pendant le trajet, il s'excusait parce que sa conversation n'était pas aussi soutenue qu'il l'aurait voulu ! Plus tard, il me demandait s'il m'avait répondu à propos d'une nouvelle que je lui avais envoyée voilà quelques mois. Je lui avais dit que ça pouvait attendre, que rien ne pressait ! Je m'étonnais que, dans un tel contexte, il puisse penser à mes histoires alors que tout aurait dû le faire songer avant tout à ses problèmes.

Il s'était alors excusé de ce retard. Je lui avais répété que rien ne pressait. Malgré cela, une ou deux semaines plus tard, il me donnait son verdict à propos de ce texte. En y repensant aujourd'hui, je demeure encore surpris de cette générosité, qui en dit long sur l'être humain qu'il fut. Il prenait tellement ce rôle à coeur que nous l'avions vu, Ariane et moi, lire et commenter des textes de jeunes auteurs sur son lit d'hôpital, à l'aide de son ordinateur portable. Nous lui recommandions de se reposer, et il nous répondait, non sans humour, que ce travail le divertissait !

Cette générosité, j'ai eu l'occasion de la voir se manifester sous des formes aussi nombreuses que différentes au fil des années. Lors de la fête annuelle qu'il organisait chez lui à la fin de l'été (et qui demandait beaucoup de soin et du temps), il était non seulement l'hôte, mais aussi le cuisinier désigné, toujours souriant, sachant trouver un bon mot pour chaque invité, avec simplicité, sans complications ni protocole.

Pour aider un auteur, il avait fait une direction littéraire en direct pendant l'une de ses séances de signature, ce dont j'avais été le témoin. Il avait aussi accepté de rencontrer des étudiants d'Arts et Lettres à qui j'enseignais, partageant son expérience et prolongeant l'activité devant l'intérêt que manifestait son public, modeste malgré ses accomplissements et malgré la gêne qu'il me confessait ressentir quand il devait s'adresser à un vaste auditoire - gêne impossible à détecter, d'ailleurs.
Il y aurait encore un grand nombre d'anecdotes du genre à raconter... En tant que romancier, il m'avait tenu éveillé pendant presque toute une nuit alors que, en plein décalage horaire, de surcroît, j'avais commencé à lire son étonnant thriller fantastique L'aile du papillon, l'une de ses oeuvres les plus inventives et surprenantes. J'avais naïvement cru pouvoir m'en tenir à un chapitre !

Lire ses livres et faire perdurer son imaginaire, les faire découvrir à nos proches, voilà sans doute l'un des plus beaux hommages qu'on puisse lui rendre. Hommage qui se fait avec plaisir, tant Joël était un narrateur de talent.

J'aime croire qu'il arpente maintenant son imaginaire, et qu'il garde ce sourire qui était sien, délivré des peines et des souffrances. J'aime aussi croire ce qu'affirme cette chanson célèbre :

We'll meet again,
Don't know where, don't know when,
But I know we'll meet again, some sunny day...

23 mai 2015

Réédition du roman Au rendez-vous des courtisans glacés et prévente des Six Brumes

Voila déjà plus de dix ans, la Veuve noire éditrice publiait mon thriller fantastique Au rendez-vous des courtisans glacés. J'étais certes heureux de voir paraître ce roman sur lequel j'avais beaucoup travaillé, mais l'ouvrage vit le jour dans une version abrégée. Un chapitre complet avait notamment été retiré à la demande de l'éditrice. L'ouvrage bénéficia cependant d'un bon tirage et fut adéquatement diffusé. 

En 2011, la Veuve noire éditrice cessait ses activités. Mes romans qui parurent sous sa bannière (au nombre de quatre) sont maintenant indisponibles depuis près de cinq ans (Dernier train pour Noireterre, Au rendez-vous des courtisans glacés, L'Île des cigognes fanées, La nuit soupire quand elle s'arrête). J'ai un regret particulier pour le dernier d'entre eux, livre qui fut mal diffusé à cause d'un changement de distributeur. Je me souviens d'amis qui tâchaient en vain de l'obtenir par l'entremise de leur libraire.
Entre-temps, Jonathan Reynolds, l'un des deux responsables des Éditions Les Six Brumes (et également auteur), eut l'idée de fonder une collection dont l'objectif consiste à rééditer des oeuvres devenues indisponibles : "Brumes de légende". Un recueil de nouvelles de Daniel Sernine y fut publié (Petits démons), ainsi que l'anthologie Dix ans d'éternité, soulignant, comme son titre l'indique, le dixième anniversaire de la revue Brins d'éternité.

Ces temps-ci, les médias et autres réseaux sociaux font fréquemment état de la crise que traverse le milieu du livre. Même en France, la situation n'est guère facile, ce qu'ont souvent évoqué des spécialistes du domaine au cours des dernières années, par exemple Jean-Pierre Dionnet, l'un des fondateurs de Métal hurlant, actif dans le milieu littéraire depuis plusieurs décennies. 
Parmi les dommages collatéraux, Les Six Brumes ont vu leur distributeur (Prologue) refuser de distribuer et de diffuser leurs titres à compter de juin 2015. L'éditeur se retrouve donc (pour l'instant) sans réseau de distribution. Là où certains auraient baissé les bras, les fondateurs, Jonathan Reynolds et Guillaume Houle, ont choisi de persévérer. 

L'initiative des Six Brumes mérite d'être soutenue et encouragée. Une prévente a lieu en ce moment ; elle permet de se procurer les prochaines parutions des Six Brumes :

- La réédition complète d'Au rendez-vous des courtisans glacés ;
- La réédition du recueil de nouvelles fantastiques L'Arracheur de rêves (version revue et augmentée par l'auteur, Pierre-Luc Lafrance) ;
- La réédition d'Alégracia (version revue et corrigée du roman de fantasy signé Dominic Bellavance) ;
- Le récit d'horreur Apparitions (de Chloé et Audrey Couture) ;
- Un projet de diffusion numérique de la science-fiction et du fantastique québécois : La République du Centaure (sous la direction d'Alain Ducharme).

Les lecteurs intéressés à soutenir l'initiative des Six Brumes et à se procurer l'un ou plusieurs des ouvrages en question pourront le faire en suivant ce lien.

J'aurai l'occasion de reparler de cette réédition sur ce blogue, notamment quand viendra le temps d'en dévoiler la page couverture. 

À bientôt, et merci d'avoir visité ce blogue.





29 mars 2015

Quand s'éteindra la dernière chandelle

Quelques nouvelles au sujet de mes dernières publications pour les lecteurs et lectrices qui désireraient en savoir davantage.

Mon dernier roman, Quand s'éteindra la dernière chandelle, vient tout juste de paraître chez Rivière Blanche, sous une couverture flamboyante de Mary Khaos. J'ai longtemps songé à cette histoire avant de l'écrire. Le point de départ est simple : que pourrait-il arriver à un homme qui souhaite que les ténèbres envahissent sa vie ?

Rivière Blanche est mon éditeur français favori, et ce, depuis plusieurs années. C'est donc un honneur pour moi de voir mon roman figurer au sein d'une collection de romans fantastiques qui a accueilli des écrivains comme André Ruellan, Anne Duguël, Gilles Bergal et bien d'autres. Le catalogue de Rivière Blanche regorge de surprises et de livres à découvrir. Remercions Philippe Ward et Jean-Marc Lofficier de faire exister ce projet depuis plus de dix ans en leur souhaitant (et en nous souhaitant) encore de nombreuses parutions.

Aux lecteurs québécois ou canadiens qui souhaiteraient se procurer ce livre en librairie : l'éditeur n'est pas distribué au Canada. Par ailleurs, en raison de pertes postales multiples, Rivière Blanche n'envoie plus de paquets au Canada. Il est sans doute possible de prendre une entente à ce sujet en contactant directement l'équipe de RB. Pour ma part, j'aurai prochainement un certain nombre d'exemplaires (limités) à ma disposition. Les gens qui souhaitent se procurer l'ouvrage sont invités à communiquer avec moi. Un extrait du premier chapitre est disponible en téléchargement gratuit ici. Le livre contient également trois nouvelles fantastiques.

Au chapitre des autres parutions à venir, une longue nouvelle dans Solaris 194, laquelle m'a demandé pas mal de recherches (l'action se déroule pendant la préhistoire) et deux nouvelles insolites dans des revues de littérature générale. Comme celles-ci n'ont pas encore été officiellement annoncées, je me contenterai de dévoiler les titres des récits en question : "Et ton coeur noir s'arrêtera" et "Jésabelle et les ruines fossilisées".

Entretemps, les amateurs de cinéma populaire européen auront peut-être la curiosité de lire un long article que j'ai consacré à la relation professionnelle qu'entretinrent le réalisateur espagnol Jess Franco et le producteur Harry Alan Towers dans le dernier numéro (monumental : 200 pages !) de l'impressionnant fanzine français Médusa (dont le sommaire est colossal : la musique des gialli passée au crible, un portfolio du comédien Herbert Fux, un entretien avec Claudio Simonetti, claviériste de Goblin, mais aussi avec le cinéaste Ruggero Deodato (Cannibal Holocaust), le comédien Jack Taylor et le réalisateur Radley Metzger... Le tout en couleurs !).

En vous souhaitant un excellent printemps 2015, je vous remercie d'avoir pris le temps de visiter mon blogue.